Sophie ADONON, une plume de princesse!

‘’Le Bénin est mon père, et la France, ma mère’’. Les quelques énergumènes qui décrient l’arrivée massive des étrangers en France ne suffisent pas à ternir l’image de ce merveilleux pays. La France est l’Etat qui investit le plus au monde dans le social pour ses résidents, Français ou non. J’ai l’aptitude extraordinaire de cerner dans chacun de mes pays, ce qu’ils ont de meilleur, leur quintessence. Comme je l’ai procédé pour la France avec l’essai, ‘’La France, un Pays grandiose’’, d’ici mai 2019, paraîtra au Bénin, ‘’Splendide Bénin, tout en sonnets’’.  Sophie ADONON

Bonjour à tous! En ce merveilleux mois de Mars, nous accueillons chaleureusement pour vous Dame ADONON Sophie, née au Bénin en 1964. Passionnée de Littérature française, titulaire d’une Maîtrise en Droit privé, elle vit en France, au Mans, depuis 1983.

Plume qu’on ne présente plus, auteure de plusieurs oeuvres littéraires, Fierté de chez nous, adoptée en France, rendons à César ce qui lui appartient et à Sophie sa place sur notre blog! 🙂

Bonne lecture ! YF

TDB : Nous vous remercions pour avoir accepté nous consacrer un peu de votre temps pour être interviewée par notre blog. Un mot en guise de présentation.

S.A : Je suis Sophie Adonon, c’est avec un réel plaisir que j’échange avec le blog ‘’Talents du Bénin’’.

TDB : Mère de famille, femme de lettres et spécialiste de droit privé. Autant de chapeaux pour votre seule tête. Comment arrivez-vous à vous en sortir?

S.A : Le cerveau humain est insondable. Tout est question d’organisation et de passion chez moi…

TDB : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans cette aventure plurielle et passionnante que celle de femme de lettres?

S.A : Être femme de Lettres à plusieurs casquettes m’oblige à avoir une discipline de vie pour ne pas gaspiller de temps. Quelquefois, une journée me paraît si courte.

TDB : Comment arrivez-vous à les surmonter. Quelle sont vos sources de motivation ?

S.A : Je dirais plutôt que ma volonté d’aller au bout des choses me motive et me pousse à surmonter bon nombre de difficultés liées à ma polyvalence.

TDB : Vous êtes auteure de plusieurs œuvres littéraires. Qu’est-ce qui fait votre particularité ?

S.A : Chaque auteur a en effet, sa particularité. Pour ma part, en dehors du langage châtié, et mon refus de voir mourir certains mots français comme ‘’amphigourique, apophtegme ou autre en chiffrement …, je m’inspire essentiellement du Bénin. Il suffit que l’inspiration m’appelle pour que je me retrouve dans mon pays natal, guidée par ma culture et mon enfance heureuse.

TDB : D’où tirez-vous votre muse ?

S.A : La muse nommée ‘’Aziza’’ en langue fon, tire l’artiste vers lui, et non le contraire. Lorsque la muse s’installe dans ma vie à un moment donné, puis m’inspire, cela s’assimile à une envie d’accoucher. L’œuvre doit naître et plus rien n’existe pour moi tant que je ne vais pas au terme de ma création. Telle est mon approche avec la muse. Je ne sais ce qu’il en est de mes homologues.

TDB : Il y a un titre qui retient l’attention, quand on considère votre riche bibliographie : « Bitume fertile ». Qu’est-ce qui vous l’a inspiré et que recèle ce titre original: Un bitume fertile?

S.A : Question prévisible, tant ce titre antinomique intrigue. Un jour, devant mon domicile, j’ai observé le trottoir qui venait d’être rebitumé se faire fissurer par de jeunes pousses. C’est un phénomène récurrent qui m’a toujours fascinée. C’est la vie qui s’impose à tout ce qui semble sans vie. Cette puissance incontrôlable qui parvient à fendiller le goudron, le béton sec pour qu’en surgisse de la verdure a quelque chose de merveilleusement bouleversant. C’est l’observation de cet oxymore naturel qui m’a inspiré le roman ‘’Bitume fertile’’, d’où le titre. En résumé, j’ai imaginé un bon père de famille français, au-delà de tout soupçon qui se joue de la police en faisant pousser des plantes prohibées au milieu du chiendent sur le trottoir, en raison de ses propriétés chimiques. Prêt à tout pour protéger son bien, il n’hésite pas à verser du sang de son congénère. Le roman bascule rapidement vers un effroi sanglant. Les forces de l’ordre sont déstabilisées par l’ingéniosité inhumaine de l’individu lorsque la vérité paraît. ‘’Bitume fertile’’ est un thriller policier ( différent d’un thriller psychologique), disponible auprès de tous vos libraires en France, en Belgique, au Canada ou sur le site des éditions Edilivre.

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TDB : Au Bénin Sophie ADONON est une perle, est-ce pareil en France ?

S.A : Mes compatriotes du Bénin m’ont érigée en auteure reconnue car la plupart de mes ouvrages leur parlent. M’élever au rang « perle au Bénin » est un honneur qui tient au contenu de mes livres. La reconnaissance doit débuter quelque part. Et je suis ravie qu’elle émane de ma source pour déborder sur le reste du monde.

TDB : Vous avez réussi à vous faire un nom dans votre sous-région, quelle a été votre stratégie ? Vous est-il déjà arrivé de vous heurter à des préjugés raciaux et féministes dans le domaine malgré votre talent ?

S.A : Je vous remercie de me reconnaître du talent. La sous-région m’a fait un nom. Je n’ai pas eu à user de stratégie pour que cette réussite se produisît. Le lectorat est en train de bâtir ma renommée au-delà de mes espérances. Je remercie toutes ces personnes d’Afrique et d’ailleurs qui comprennent mes écrits et qui me portent. J’ai besoin de leur plaisir de me lire pour mieux créer.

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TDB : Vous avez publié chez Edilivre, « la France, un pays grandiose » ; à l’heure où les Français décrient l’arrivée massive des étrangers sur leur territoire, est-ce pour vous une façon de vous démarquer ? Avez-vous définitivement adopté la France au détriment de votre terre natale ?

S.A : Ce n’est pas parce que j’ai deux pays (mon pays d’origine et mon pays d’adoption) que je dois discriminer l’un par rapport à l’autre. J’aime le Bénin et j’aime la France, excepté que je les aime différemment. Comme je l’ai confié dans l’ouvrage précité, ‘’Le Bénin est mon père, et la France, ma mère’’. Les quelques énergumènes qui décrient l’arrivée massive des étrangers en France ne suffisent pas à ternir l’image de ce merveilleux pays. La France est l’Etat qui investit le plus au monde dans le social pour ses résidents, Français ou non. J’ai l’aptitude extraordinaire de cerner dans chacun de mes pays, ce qu’ils ont de meilleur, leur quintessence. Comme je l’ai procédé pour la France avec l’essai, ‘’La France, un Pays grandiose’’, d’ici mai 2019, paraîtra au Bénin, ‘’Splendide Bénin, tout en sonnets’’. Dans ce recueil de poèmes sonnets en alexandrins sera vanté mon magnifique Bénin comme jamais. Tous les douze départements seront mis à l’honneur. Le livre sortira aux éditions Savane, à Cotonou.

TDB : Si vous devriez faire un choix entre Brigitte Bardot ou Brigitte Macron ?

S.A : Sans la moindre hésitation, je choisirais Brigitte Macron, une femme ouverte d’esprit, cultivée et pleine de qualités humaines…

TDB :La femme occupe une place importante dans vos œuvres. En témoigne par exemple, entre autres, « Un trop lourd tribut « . Est-ce donc une malédiction que d’être femme ?

S.A : Lorsque j’écris, je ne cherche pas à blâmer ou sublimer à tout prix au regard du sexe des personnages. L’exaltation les mène, en fonction de leurs rôles à être retors et machiavéliques, indépendamment de leur genre féminin ou masculin. Il n’est pas dit qu’une femme doit toujours avoir le bon rôle dans un ouvrage.

TDB : Au regard de votre bibliographie, nul doute que vous êtes féministe. Comment définissez-vous le féminisme en tant que mère de famille africaine quoique naturalisée française et femme de droit?

S.A : Le féminisme ne se définit pas. Il se vit dans nos actes quotidiens de femme, quels que soient l’espace, le temps ou notre habileté cognitive.

TDB : Quel est votre féminisme à vous?

S.A : Mon féminisme à moi, c’est d’être femme libre au XXI è siècle. Mais le chemin est encore loin pour atteindre la parité homme-femme nécessaire.

Paris Les Champs-Elysées 2016

TDB :Si la « femme » était à redéfinir, que diriez-vous?

S.A : La femme est l’être à sublimer perpétuellement par l’homme.

TDB : La femme béninoise a-t-elle des raisons d’envier la femme française ?

S.A : Il n’y a pas de femme béninoise, ni de femme française. Il y a la femme qui affronte des réalités variées à chaque étape de sa vie.

TDB : Vous avez participé à plusieurs projets d’écriture dont celui des Dix femmes Béninoises, un projet rassembleur initié par l’écrivaine Gisèle Totin, pouvez-vous nous décrire comment vous avez vécu cette expérience ?

S.A : Ce projet initié par Gisèle Totin fut fantastique. J’ai déjà eu à participer à d’autres projets collectifs. Mais, cette fois-ci, Gisèle s’est plus impliquée dans la publication et ensuite, elle se donne vraiment pour la promotion. C’est du sérieux.

TDB :Êtes-vous de l’avis de Aimé Césaire quand il dit dans son « discours sur le colonialisme » que notre malheur c’est d’avoir rencontré cette Europe-là,? Et pour mieux contextualiser et personnaliser, n’est-ce pas un malheur, pour nous autres, d’avoir rencontré sur notre route cette France-là, colonialiste, impérialiste, néocolonialiste qui maintient encore en dépendance ses anciennes colonies à travers le CFA par exemple?

S.A : Heureusement que nous ne sommes plus à l’époque d’Aimé Césaire, avec le’ « discours sur le colonialisme’’. Tous ces mots : ‘’impérialiste, colonialiste, néocolonialiste’’ d’un autre temps attisent la haine entre les peuples. Malgré ce passé douloureux nous devons avancer. Aujourd’hui, les pays africains sont libres de renégocier les traités qui lèsent leurs Etats.

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TDB : Quand on est de lignée royale ou princière comme c’est votre cas et qu’on se rend compte que de nos jours, la jeunesse tend à ne plus s’intéresser à l’histoire, quels sentiments vous habitent?

S.A : Tout dépend de la culture que les parents sont parvenus à transmettre à leurs descendants. On en revient toujours à l’éducation. Je ressens de la désolation devant la perte croissante de notre patrimoine culturel par la jeune génération.

TDB : Dans votre roman » Pour une poignée de gombos » , vous avez fait allusion à plusieurs mets typiquement béninois. Comment gérez-vous ce type de nostalgie?
S.A : J’arrive souvent à confectionner certains de ces mets en France, quand j’en ai l’occasion. Pour le reste, ma force de caractère m’aide à patienter jusqu’au retour au pays pour m’adonner à des dégustations.

TDB : « Pour une poignée de gombos » est bientôt disponible au cinéma. Quels sont vos sentiments à cet effet?

S.A : Beaucoup de fierté et d’impatience m’animent dans l’attente de ce formidable projet.

TDB : Le polar occupe une place important dans votre bibliographie. Un chantier nouveau à explorer ?

S.A : Le polar est mon genre littéraire de prédilection.

TDB : Un polar à l’Africaine, quelles pourraient être les caractéristiques selon vous?

S.A : Les caractéristiques du polar africain se retrouvent déjà dans ma série policière. En effet, les enquêtes du Commissaire Aza sont des intrigues qui coexistent avec la culture et la sociologie béninoises.

TDB : Avez-vous des retours réguliers de vos lecteurs ? Que pensent-ils de votre plume ?

S.A : Oui, des retours positifs. Mes lecteurs ont du plaisir à me lire et heureux de voyager à travers le Bénin sans bouger de leur fauteuil, en lisant mes livres.

TDB : Quelle est votre plus grande fierté ?

S.A: Mes merveilleux enfants !

TDB : Quels sont vos projets à court et à long termes ? 

S.A : La parution de ‘’Splendide Bénin, tout en sonnets’’ et ma première publication en littérature jeunesse, sans compter l’adaptation cinématographique de ‘’Pour une poignée de gombos’’ qui débutera en mars 2019.

TDB : Si Sophie ADONON, était encore un cœur à prendre, qui en serait le prince charmant?

S.A : Je ne suis plus un cœur à prendre. Donc la question ne se pose pas.

TDB : Avez-vous des conseils à prodiguer aux jeunes filles béninoises ?

S.A : Je leur suggérerai d’écouter les conseils de leur mère pour ne pas tomber dans le piège de la dépravation, l’autre facette de la Mondialisation.

TDB : Maman Sophie ADONON aime t-elle cuisiner ? Si oui, quel est le plat que vous cuisinez mieux ?

S.A : J’adore cuisiner. Il se dit que je suis un cordon bleu. J’aime mijoter autant des plats africains qu’européens.

TDB : Mangez-vous Béninois au Mans ou seulement lorsque vous rentrez au bercail ?

S.A : Oui, je mange Béninois quand je parviens à me procurer certains ingrédients indispensables. Je possède toujours ‘’Afintin’’ dans mon congélateur pour préparer du ‘’man’’ ou du gombo.

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TDB : Que dites vos enfants de vous ?

S.A : Mes enfants sont assez protecteurs de ma personne. Pour eux, je suis tout simplement leur maman. Ils ne réalisent pas vraiment ce qui se passe autour de mes livres.

TDB : Si vous aviez une baguette magique ?

S.A : J’éradiquerai les maladies et la souffrance du monde.

TDB : Votre mot de fin TDB ?

S.A : Je remercie TDB pour cette tribune. Longue vie au blog TDB ! Et j’espère que le public réservera un bon accueil à toutes les parutions à venir. Je salue et remercie tous mes fans pour leur indéfectible soutien.

  Merci! Talents du Bénin vous remercie et vous souhaite encore plus de succès.

                 Propos recueillis par Camelle ADONON et Yèmissi Fadé

                                             Talents Du Bénin @ 2019

Bibliographie de l’auteure

  • Cœur insomniaque
  • Le plat qui se mange froid
  • Le sourire macabre
  • Parole d’immondices
  • Le Hiatus
  • Pour une poignée de Gombos
  • Un trop lourd tribut
  • La France, un pays grandiose
  • Bitume fertile
  • Co-auteure Dix femmes écrivaines du Bénin
  • Etc

 

3 commentaires

    1. J’ai vraiment adoré cette interview ! Une dame qui me rend très fier de la femme, créature merveilleuse de Dieu. Enfin, disons tout simplement que si SOPHIE ADONON n’existait pas, il aurait fallu la créer, pour la littérature béninoise, en particulier celle policière, où, à travers l’inspecteur AZA, elle nous mène émerveillés, vers des richesses culturelles, sociétales, philosophiques et touristiques qui ne disent par leurs noms ! Les paroles s’envolent, mais les écrits demeurent. Vos écrits, Madame Adonon, vous ont, pour sûr, gravée dans la mémoire collective de tous ceux qui ont eu la chance de vous connaître, ne serait-ce que dans vos livres. J’en suis un, pour vous avoir presque totalement lu, et découvert de plus près lors de votre passage à l’Université d’Abomey Calavi, (DLM), grâce à notre Professeur Fernand Dansi NOUWLIGBETO, actuel Chef/adjoint du département de Lmd/Uac. Je vous souhaite, tout naturellement, le meilleur, en ce jour où le monde célèbre la femme. Pour finir, remerciant les promoteurs de ce blog pour avoir su choisir la bonne étoile parmi tant d’étoiles, je voudrais vous souffler ceci, madame : S’il fallait célébrer la femme d’élite que vous êtes, une seule journée ne suffirait pas, ni une semaine, ni un mois, ni une année, ni un siècle ou un millénaire ; il faudrait plutôt toute une vie, car la femme (je pense aussi à ma mère) mérite le meilleur, de même le meilleur ne se trouve que chez la femme, celle vertueuse, qui craint l’Éternel, respecte son époux, et repose sous la grâce divine dont l’esprit saint éclaire les projets ! Bonne fête à toutes les femmes à travers vous, madame ADONON. Soyez bénie ! Merci.
      Césaire HOUINDO, étudiant de Lettres.

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