Avec Serge ANANOU, guitariste-musicien, planer dans les airs béninois est une garantie!

Ma musique est la fusion entre celle qui m’a bercé et celle que j’ai apprise ou découverte. Si je vous aligne demain rien que des tam-tam sur scène, ce sera sûrement à des fins commerciales. Sinon j’ai toujours vécu entre la tradition et la modernité et je l’assume pleinement. J’ai grandi à Cotonou ( ville), mais je revendique mon côté traditionnel car très tôt j’ai cotoyé les deux mondes. Mais je ne peux pas m’approprier juste un côté… Serge ANANOU

Bonjour à tous, fans, abonnés et visiteurs occasionnels!

Nous vous avons déniché l’une des voix les plus enchanteresses de la musique béninoise: celle de Serge ANANOU!  Pourquoi? Parce qu’elle est à découvrir à tout prix, parce qu’elle est remplie de paix, de philosophie, de mythes, de conseils et d’une mélodie plus qu’envôutante, nous trouvons injustes de vous en priver! Serge ANANOU, se confie sur notre blog pour votre plaisir, et nous, nous vous conseillons de découvrir sa musique sur sa chaîne YouTube ou d’en savourer quelques unes que nous vous publierons sur notre Page Facebook durant toute cette semaine… YF

 

TDB: Bonjour Monsieur Serge ANANOU ou devrions-nous faire usage d’un blaaz que nous ignorons de l’artiste ? Si oui, lequel ? Si non pourquoi pas ? Et tout en vous souhaitant la bienvenue sur notre blog «Talents du Bénin», nous voudrions bien une brève présentation de la part de l’artiste.

Serge ANANOU: Je m’appelle Serge Ananou. Je suis musicien-chanteur-guitariste, originaire de Bohicon .Je suis né en 1978 au Bénin, d’un père dépanneur radio-télé, d’une mère ménagère ( si le terme s’utilise encore), et j’évolue depuis bientôt 13 ans en France.

TDB: Votre situation matrimoniale? Des petits « Serges ANANOU » déjà ?
Serge ANANOU : Je suis célibataire et l’heureux papa de deux adorables enfants, un garçon et une fille!

TDB: Selon votre biographie, vous êtes un bon produit de l’IMEP, du CFPM et de l’American School of Modern Music. Un flash sur votre parcours et vos diplômes depuis le bas-âge !?

Serge ANANOU : Je ne me définirai pas comme un produit d’une école, car on n’en a pas forcément besoin pour faire de la musique. J’ai eu certes, la chance d’apprendre de nouvelles choses pendant mes années d’école et j’en suis heureux…Sinon j’ai fait mes études primaires et secondaires à Cotonou , mais la musique a pris très vite le dessus sur mes études supérieures..

TDB: Votre premier pas dans le monde musical?
Serge ANANOU : Mon premier pas dans le monde de la musique s’est fait à travers la percussion, d’abord par les masques KALETA, ensuite par les Cultes Vodoun MAMI, BLÉKÉTÉ , et pour finir à l’Eglise Catholique”

TDB: Pour vous, qu’est-ce que l’art, celui musical en particulier ?
Serge ANANOU: Pour moi, l’art rime avec créativité, liberté, audace. Donner libre cours à son imagination et sortir des cases. Oser, choquer si possible. Un artiste musicien est donc pour moi différent d’un musicien …”

TDB: L’artiste sommeillait-il en vous depuis le sein maternel (transmis génétiquement par un ascendant) ou la vocation s’est fait entendre avec le temps ?

Serge ANANOU : Je ne saurai le dire. Je fais partie des personnes qui croient que le hasard n’existe pas. Mais depuis le sein maternel ( rires) , cela m’étonnerait. Dans mes souvenirs, il n’y a aucun musicien dans ma famille. Mon grand père maternel jouait de l’harmonica les dimanches dans sa chaise longue, mais juste pour son plaisir et pour nous. Je crois vraiment que quand j’ai commencé à créer musicalement , je n’étais plus aux seins de ma mère ( rires).

TDB: Le cadre spatio-temporel de votre naissance n’aurait-il pas par hasard influencé cet amour de la musique qui est né en vous ? Si oui, en quoi et comment ?

Serge ANANOU : “Mon père possédait des tonnes de vinyles, principalement de la musique africaine des années 60-70 ( Bembeya Jazz, Poly Rythmo, Fela Kuti, Sassamasso, etc..,) et pas mal de musique française. Son premier reflexe le matin était de jouer un disque, avec un volume très fort ( rires), et j’aimais beaucoup, ca nous réveillait et nous mettait de bonne humeur le matin. Rien ne me prédestinait à être musicien, mais mon amour pour la musique a peut-être été influencé par le fait d’avoir écouté beaucoup de musiques quand j’étais enfant.”

TDB: Dans l’une des diverses versions de votre biographie, il a été souligné que vous êtes autodidacte. Est-ce une option ou une qualité innée ? Et pensez-vous qu’un artiste ferait mieux d’être autodidacte plutôt que de se faire guider par les aînés ?

Serge ANANOU : Être autodidacte n’est pas tout le temps un choix personnel. L’absence de structures de formation pousse souvent à le devenir. Pour ma part, il y a eu des aînés qui m’ont appris quelques accords à la guitare. Mais la plupart du temps, quand j’étais en Afrique, je me suis débrouillé à relever des morceaux avec mon lecteur cassette et plus tard mon discman.. Mes parents n’ayant pas les moyens de m’envoyer étudier la musique, je me suis débrouillé en gros avec les moyens que j’avais. En l’absence de centres de formation, se faire guider par un aîné qui s’y connaît peut être d’une grande utilité.

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TDB: Au départ percussionniste doué, ensuite guitariste passionné, et le tout couronné d’une sacrée voix presque sans pareille. Saviez-vous depuis lors, où tout cela vous amenait ?

Serge ANANOU : “Autant d’éloges !( rires).. Sincèrement je ne savais pas où tout cela m’amenait, mais je peux vous assurer que j’y ai toujours cru . Je ne me considère pas être un doué, ce n’est pas à moi de le dire, mais tout ce que je sais c’est que l’envie de réussir a toujours été là et j’y mets toute mon ardeur et ma détermination au quotidien..”

TDB: Pour avoir commencé très jeune, quelles étaient les réactions de vos parents et proches ? Aviez-vous leur bénédiction ? Comment aviez-vous pu jumeler études scolaires et passion de la musique ?

Serge ANANOU: Je suis parti de la maison de mes parents un peu avant mes 18 ans. Ce qui n’est pas commun au Bénin, juste histoire d’avoir la liberté de jouer de la musique. C’était devenu tendu entre mon père et moi, car je n’allais plus en cours et je rentrais souvent à des heures pas possibles. Ma mère par contre me protégeait, elle arrivait à me trouver des alibis afin que j’aille jouer de la musique, histoire de m’éviter des coups de la part de mon père ( Je ne me considère pas comme un enfant battu, c’était normal en Afrique…). Finalement je suis parti de la maison et puis quelques années plus tard je suis allé voir mon père pour lui annoncer que j’allais jouer en Suisse. Il m’a dit : “ tu fais ce que tu veux, ça m’est égal…”Mais le jour de mon voyage, il est venu à ma grande surprise à l’aéroport et m’a dit: “ Si c’est vraiment ce que tu veux faire dans ta vie, vas-y fonce ”

TDB: Dans le même sens que la question précédente, avez-vous eu du soutien moral voire même financier de votre entourage ?

Serge ANANOU: Soutien moral oui, mais financier, j’ai pu compter en grande partie sur moi-même. J’ai financé mes études de musique à Paris en faisant un prêt à la banque que j’ai fini de rembourser seulement en 2018.. J’ai financé mon album en cumulant pendant un moment, en plus de mon job de professeur de musique, quelques petits boulots. Donc, je suis encore aujourd’hui producteur, manageur et tourneur de moi même…

TDB: Des difficultés dans vos activités ? Comment arrivez-vous à les affronter ?

Serge ANANOU: Il y a des hauts et des bas dans chaque domaine d’activité, je garde juste mon cap en voyant le bon côté des choses. Pas toujours évident, mais je m’accroche.

TDB: Aujourd’hui pour qui ne savait rien de vous, vous êtes presque tout le temps avec votre compagne, la guitare. L’esprit percussionniste serait-il égaré sur un chemin de votre parcours, ou plutôt endormi en vous ?

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Serge ANANOU : Mon prochain album sera la fusion des deux. Je n’en dirai pas plus pour l’instant.

TDB: Il n’est pas difficile de comprendre à travers vos œuvres que vous vous êtes fait porte-parole et défenseur des Albinos en Afrique et des droits de la gent féminine. Pourquoi ce choix ? Défendre les Albinos contre quoi ou contre qui ?

Serge ANANOU:  Je ne suis pas porte-parole des Albinos, car je n’en suis pas un. Avant d’arriver en France, je n’avais jamais entendu parler de sacrifice d’albinos. Le sujet est important pour moi car l’une de mes petites sœurs est albinos et elle est considérée comme l’incarnation de la divinité “Lissa” dans la culture Vodoun. Elle est vénérée , protégée et a eu plus d’amour que mes autres frères et sœurs et moi…Quand je me suis rendu compte qu’on pouvait sacrifier un albinos pour des fins de gris-gris dans d’autres pays d’Afrique, j’ai rejoint pour ma soeur,  la défense des droits des Albinos.. C’est un engagement militant. Je n’ai pas d’association de défense des droits des albinos.Pareil pour les violences faites aux femmes, c’est parti d’une histoire vécue. Mon engagement est né de cette expérience, d’où le morceau “Nouvônon” sur mon album.

TDB: Pensez-vous qu’il vous suffit, en tant qu’artiste, de vous planquer derrière le microphone pour assurer la mission que vous vous êtes assignée ? Si oui, comment est-ce que de simples paroles sur un air mélodieux peuvent-elles jouer ce rôle assez délicat ? Si non, que faites-vous d’autres pour appuyer et concrétiser ce noble objectif ?

Serge ANANOU : Je ne me considère pas comme en mission, j’estime juste qu’il y a des sujets importants dont il faut parler et j’essaie de le faire par propre conviction, même si ce n’est toujours pas bien perçu…Mais ce n’est pas une obligation de s’engager quand on est artiste. Les goûts sont relatifs et les sensibilités sont différentes. Idem pour les mélomanes. Celui qui va en boîte de nuit, n’y va sûrement pas pour écouter un texte sur les morts dans la méditerranée, mais cette même personne peut être sensible le lendemain à un morceau sur le réchauffement climatique. La musique peut à la fois divertir, mais peut parallèlement aussi faire changer les mentalités.

TDB: En 2017, vous avez sorti un single « Nouvonon » qui littéralement pourrait se traduire par « moins que rien » ou « bon à rien ». Pourquoi précisément ce titre ? Qu’est-ce qui en a été la motivation ?

Serge ANANOU: C’est un morceau que j’ai composé pour une voisine à mes parents qui sous les coups de son mari m’avait appelé à l’aide alors que je n’avais que 9 ans. C’est quelque chose qui m’a beaucoup marqué . Et comme j’ai pour habitude de le dire sur scène “ Si l’envie te prend de taper sur quelque chose, achète toi un djembé et épargne ta femme “ Une façon de contribuer à la cause des femmes battues…

TDB: Votre style musical se révèle un mélange de rythmes et chants ouest-africains, de jazz et de pop ; bref du classique personnalisé. Pensez-vous intéresser la jeunesse d’aujourd’hui, beaucoup plus attirée par le « tintamarre musical » de nos jours ?

Serge ANANOU: J’essaie d’intéresser toutes les tranches d’âges, mais ce que je fais ne peut forcément pas plaire à tout le monde. J’avoue que ce n’est pas très urbain le style de musique que j’embrasse, mais ce n’est pas pour autant que je jugerai de “ Tintamarre musical “ le goût de ceux qui préfèrent peut-être les musiques vite faites…

TDB: Un regard sur la musique dans votre pays natal ?

Serge ANANOU: Malgré l’avènement ou dois je dire l’envahissement du “Naija”, il y en a qui résistent et propose quelque chose de différent. J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour les artistes qui continuent à faire de la résistance à la musique du Buzz, celle qui disparaît en même temps qu’elle vient. Nous avons beaucoup de grandes références dans la musique de notre pays, je veux citer Sagbohan Danialou, Tohon Stan, le tout puissant Poly Rythmo, Le Gangbé Brass Band, Angelique Kidjo, Lionel Louèkè et plein d’autres…

TDB: Pour avoir été bercé par les rythmes et cultures Vodoun, pourquoi ne pas avoir choisi un style musical du même genre ?

Serge ANANOU: Ma musique est la fusion entre celle qui m’a bercé et celle que j’ai apprise ou découverte. Si je vous aligne demain rien que des tam-tam sur scène, ce sera sûrement à des fins commerciales. Sinon j’ai toujours vécu entre la tradition et la modernité et je l’assume pleinement. J’ai grandi à Cotonou ( ville), mais je revendique mon côté traditionnel car très tôt j’ai côtoyé les deux mondes. Mais je ne peux pas m’approprier juste un côté…

TDB: Vous êtes d’origine béninoise : une fierté ?

Serge ANANOU: Une grande fierté d’être du Bénin, à cause de l’immensité de sa richesse culturelle, de son hospitalité et de la paix qui y règne du nord au sud. Nous entendons parler de guerres civiles dans les pays voisins, mais jamais nous n’en avons connu.. Le Bénin est une terre de tolérance ou toutes les cultures et les religions se côtoient dans la paix.

TDB: Pensez-vous être assez connu des vôtres, surtout les jeunes à qui vos messages doivent être adressés puisque constituant la majorité de la population noire d’aujourd’hui et le peuple noir de demain ?

Serge ANANOU : Je me fais progressivement mon public. Je préfère un public bien enraciné et non éphémère. Les gens commencent à mettre un visage sur mon nom, à découvrir ma musique et les messages que j’y véhicule, principalement au Bénin. Les nombreux retours que je reçois me font croire que c’est en bonne voie.

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TDB: Quelles relations entretenez-vous, de façon concrète, avec le Bénin natal ?

Serge ANANOU: J’y retourne de temps en temps, dès que le temps me le permet et c’est toujours pour moi un plaisir de rentrer à la maison.

TDB: Quel accueil vous y est-il réservé ? Qu’en est-il de vos œuvres ?

Serge ANANOU: Ma popularité se construit, mais je ne saurai vraiment mesurer l’ampleur tout étant ici en Europe. Ca fait un bon moment que je ne suis pas rentré. Mais de ce que j’entends , ça a l’air de plaire. Mes vidéos sont diffusées sur les chaînes de télé et j’ai de super retours…

TDB: Vos relations avec vos parents actuellement (votre « grande famille » comme nous en avons l‘habitude en Afrique)?

Serge ANANOU: J’ai une très belle relation avec mes parents. Mon père, ma mère, mes frères et sœurs et mes nombreux neveux et nièces… On s’appelle beaucoup, on s’écrit beaucoup et j’aurais aimé qu’on se voie plus souvent!

TDB: Des projets à venir ?Pour le Bénin aussi ? Prochaine sortie?

Serge ANANOU: Nous travaillons sur un projet de quelques concerts au Bénin bientôt.. Parallèlement j’écris mon deuxième album et ça avance très bien.

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TDB: Que faites-vous de votre temps lorsque les génies de la musique vous donnent des congés momentanés ?

Serge ANANOU: Je suis souvent dans la cuisine quand je ne fais pas de musique ( rires)
C’est ma deuxième passion. Et je lis sur la politique internationale.

TDB: Que dit l’artiste sur l’état actuel de son Bénin natal et l’ambiance politique qui y règne ?

Serge ANANOU: Difficile pour moi de me prononcer sur l’ambiance politique au Bénin, car je n’y vis plus depuis un bon moment. Je pense juste qu’il faudrait que la politique culturelle de l’actuel gouvernement valorise la jeunesse artistique béninoise qui vend le Bénin à l’international . Que ce soit dans le domaine de la musique, de l’art plastique, du cinéma, de la danse, etc…

TDB: Quelques conseils à l’endroit de ceux qui voudraient vous emboîter les pas?

Serge ANANOU: Être vrai, travailler dur et y croire malgré toutes les difficultés. Persévérance et persévérance.

TDB: Un coucou à vos fans, amis et proches?

Serge ANANOU : Je fais un coucou á toutes les personnes qui aiment ce que je fais et qui me suivent sur les réseaux sociaux et les chaînes de télé au Bénin. Un grand merci, car vous me donnez la force de continuer…

TDB: Aujourd’hui, nous voudrions vous compter parmi les talents du Bénin à encourager et à soutenir à travers notre blog «Talents du Bénin». Votre avis !?

Serge ANANOU: Je me sens très honoré et je vous remercie beaucoup d’ avoir pensé à moi et je souhaite beaucoup de succès à votre blog.

TDB: Mots de fin.

Serge ANANOU: Á très bientôt et vive la culture béninoise

Pour contacter l’artiste:

https://www.facebook.com/Ananou.Serge/?tn-str=k*F

https://www.youtube.com/results?search_query=serge+ananou

Propos recueillis par Paterne K.C HOUNKPE, interviewer TDB

(c) Talents Du Bénin

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