Extrait du roman Le monde arc-en-ciel ( Chapitre 4. Pp 49-59)

LE PROFESSEUR ATHEE
Poursuivant son périple à la découverte du monde en dehors de Yorodidi, Nicolas atter-rit dans un pays où la majorité des citoyens étaient athées. Comme à son habitude, il prit une chambre d’hôtel luxueuse. Après s’être installé, Nicolas eut envie de prendre de l’air. Il sortit alors de sa chambre et se rendit au bord de la piscine de l’hôtel. Il se mit en te¬nue de bain et plongea dans l’eau comme un poisson. Il se détendait et s’amusait, lorsque ses yeux croisèrent ceux d’une jeune fille qui s’apprêtait à plonger également. Des yeux pétillants et un visage rayonnant de joie. Jamais, Nicolas n’avait vu une si belle fille. C’était une métisse. Ses cheveux «dansaient», sa peau luisaient, son sourire ensorcelait, sa poitrine était pleine, son fessier généreux ; bref, elle donnait envie. Elle se prénommait Nathalie. Nicolas feignit de l’ignorer pendant quelques minutes, mais il ne tarda pas à l’inviter à boire un verre à ses côtés. La fille accepta sans se faire prier. Nicolas commanda du vin. Tout en appréciant ce vin très précieux, les deux jeunes gens échangeaient.

– Que fais-tu comme travail ? demanda Nicolas.
– Je suis étudiante. Et toi ?
– Moi je ne fais rien pour le moment. J’ai un peu étudié mais je viens d’abandonner, car je suis appelé à faire autre chose.
– Ah ! Et quelle est cette autre chose plus importante que les études ? demanda la fille.
– Je t’en parlerai une autre fois. En at¬tendant, peux-tu m’aider à faire quelques courses ? Je viens d’arriver dans ce pays et je ne connais personne ici.
– Mais je ne sais pas qui tu es réellement !
– Aurais-tu peur de moi ?
La fille ne répondit pas à la question de Nicolas. En réalité, elle était déjà tombée sous le charme du prince. Elle garda le silence.
– Tu ne dis rien ? reprit Nicolas.
– Je suis prête à t’aider. Que puis-je faire pour toi ?
– En fait, je suis parti de chez moi depuis un moment, à la découverte du monde. De ce que j’ai appris, dans ce pays, les gens ne croi¬raient pas en Dieu. Je suis donc venu partager votre quotidien et échanger avec vous si c’est possible.
– Ah je vois ! Tu devras donc chercher quelqu’un d’autre, parce que moi je crois en Dieu. Je suis Chrétienne et je pratique correc¬tement ma religion.

– Je ne comprends plus rien.
– Certes la majorité des gens de ce pays ne croient pas en Dieu, mais il y a un faible reste comme moi pour qui ce n’est pas le cas. En plus moi je viens d’ailleurs. Je suis ici pour poursuivre mes études universitaires.
– Je comprends mieux ! Peux-tu alors me mettre en contact avec quelqu’un qui pourrait échanger avec moi sur son athéisme ?
– Bien sûr que oui ! J’ai un professeur athée pur et dur. Il sera ravi d’échanger avec toi.
– Très bien alors ! Et quand pourrais-je le rencontrer ?
– Dès que tu seras disponible. Sauf que j’ai cours demain dans la matinée
– Ok ! On irait donc dans l’après-midi. Je t’attendrai.
Nicolas amena ensuite Nathalie dans sa chambre. Ils bavardèrent pendant quelques instants avant qu’elle ne s’en aille.
Après le départ de Nathalie, le prince pensa à elle tout le temps. Son image resta gravée dans sa tête. Si seulement il pouvait l’avoir avec lui pour toute la vie. C’est avec l’image de la jeune fille qu’il s’endormit.
Le lendemain, comme prévu, Nicolas attendait impatiemment Nathalie. Toutes ses pensées étaient occupées par cette rencontre, qu’il en oublia de manger. Nathalie allait-elle vraiment revenir ? Il prit son mal en patience.

Puis, quelqu’un frappa à sa porte. C’était Na¬thalie. Elle était enfin là, encore plus belle que la veille. Nicolas, tout heureux, la saisit par la main, se rapprocha d’elle, puis la serra contre sa poitrine. Nathalie, bien que surprise par cette étreinte chaleureuse, serra aussi Nicolas très fort. Elle était enfin là, maintenant il pou¬vait envisager de manger.
Ils se rendirent alors au restaurant, s’atta¬blèrent et firent leurs choix. Nicolas ne se fit pas prier, il prit le meilleur de la carte. Natha¬lie quant à elle, prit plus de temps. Elle avait l’embarras pour un budget plutôt généreux. Au final, pour faire court, elle prit la même chose que son hôte.
– Nicolas ! l’interpella Nathalie. Peux-tu m’en dire un peu plus sur toi ? J’avoue que j’ai envie de savoir qui tu es.
– Que veux-tu vraiment savoir ?
– Tout !
– Tout ! Ok ! Mais avant, promets-moi que tu ne changeras pas d’attitude envers moi.
– Je te le promets.
– Ok ! Je suis un prince. Le prince de Yo¬rodidi. Héritier du trône royal. Mon Père est avancé en âge et je devrai bientôt lui succéder. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé d’aller visiter le monde avant d’être intronisé. Car je ne voudrais pas être un roi ignorant. J’admire beaucoup le roi du Maroc quand je le vois s’exprimer. Je sens qu’il a étudié, il n’est pas un ignorant.

– Tu es donc un futur roi ! s’étonna Natha¬lie. Mais je ne vois ni garde ni serviteur à tes côtés !
– Oui, c’est moi qui ai refusé tous ces pro¬tocoles que je juge inutiles. J’ai choisi de vivre simplement. Il faut vraiment que tu gardes tout ceci pour toi. Ne le révèle à personne.
– C’est promis ! Je savais que tu n’étais pas n’importe qui, vu l’hôtel dans lequel tu loges. C’est l’hôtel le plus luxueux de ce pays. Si tu as les moyens de te payer une suite, c’est que tu es plein aux as.
Après le repas, Nicolas et sa guide louèrent un taxi qui les conduisit à l’université où étu-diait Nathalie. Le professeur, déjà averti par la jeune étudiante, les accueillit chaleureuse-ment.
– Je vous présente Nicolas. Il vient de Yorodidi, il s’intéresse à l’athéisme répandu dans le pays, et voudrait échanger avec vous.
– Je vous écoute donc monsieur. Qu’est-ce qui vous intrigue autant dans nos moeurs ?
– Merci professeur. En tant qu’animiste, j’ai du mal à concevoir qu’il y ait des gens qui ne croient pas en Dieu. Pour m’affranchir de mon ignorance sur le sujet, je suis venu vous entendre.
– Votre démarche témoigne déjà de votre ouverture d’esprit. Précisez-moi vos attentes.
– Je voudrais savoir ce qui a pu vous convaincre que Dieu n’existe pas.

– Ok ! Excusez-moi de vous retourner la question. Pouvez-vous me dire qu’est-ce qui a pu vous convaincre, vous du contraire?
– Oui ! En regardant la nature tout simplement ! Je sais que le monde ne s’est pas créé de lui-même. En plus je ne suis pas mon propre créateur.
Le professeur sourit. Il garda le silence pendant quelques instants avant de reprendre la parole.
– Monsieur, je suis étonné de voir que vous ne soyez pas au courant que l’origine de l’univers n’est plus un mystère pour les scientifiques. Je vous informe que l’univers n’est pas l’oeuvre d’un Dieu. Les scientifiques expliquent que l’univers s’est formé à la suite d’une explosion originelle. C’est ce qu’ils appellent la théorie du big-bang. En plus, croyez-vous qu’un Dieu puisse exister et rester silencieux face à tout ce qui se passe dans le monde, notamment face aux guerres. Les première et deuxième guerres mondiales, le projet d’extermination des juifs par les nazis, le terrorisme, la famine, les fléaux, et tous les maux ? Faites donc preuve de bon sens, voyons, monsieur, Dieu n’existe pas !
– Professeur, je pense que la théologie chrétienne a des éléments de réponses à ce sujet, réagit Nathalie qui n’arrivait plus à supporter ces hérésies. Les théologiens expliquent que Dieu n’est pas l’auteur du mal, ni directement, ni indirectement. C’est Satan qui serait l’auteur du mal !
– Dans ce cas il y a une contradiction dans la foi catholique, puisque les catholiques confessent en effet la toute-puissance et la grande miséricorde de Dieu. De deux choses, l’une : soit Dieu est tout-puissant mais mauvais, soit il est très bon mais assez faible pour que le diable invente le mal à son insu. On ne saurait donc admettre qu’il soit très bon et tout-puissant et dire en même temps que le Diable ait créé le mal à son insu. Ne voyez-vous pas une contradiction ?
– Vous avez peut-être raison, répondit Nicolas. Peut-on conclure selon vos dires, que la religion n’a aucun sens ?
– Dire que la religion n’a aucun sens, c’est trop exagérer. En effet, il y a des gens qui ne sont pas encore capables d’assumer leur nature humaine. Pour aider ces gens à se sentir en sécurité, il fallait leur inculquer l’existence d’un Dieu qui veillerait sur eux. C’est d’ailleurs ce qu’ont fait les plus grands guides spirituels que l’histoire ait connu. Prenons l’exemple des auteurs sacrés de l’Ancien Testament. La plupart n’ont fait que se réapproprier et réinterpréter la culture mésopotamienne. Le récit de la création ne serait qu’une réinterprétation de l’épopée mésopotamienne d’Atra-Hasis ; le récit biblique de l’origine de la mort serait, lui inspiré de l’épopée mésopotamienne de 56

Gilgamesh ; tandis que le décalogue de Moïse ne serait qu’un résumé du code d’Amura bi. Bref, l’origine du contenu de l’ancien testa¬ment serait d’inspiration purement humaine. C’est l’oeuvre de personnes qui, soucieux du bien-être social, l’écrivirent pour guider l’agir des hommes de l’époque, ça n’a rien de divin.
– Vous parlez des choses dont je n’ai jamais entendu parler : l’épopée d’Atra-Hasis, de Gilgamesh et le code d’Amura bi. Pouvez-vous m’expliquer tout ça dans le détail ?
– L’épopée mésopotamienne d’Atra-Hasis rapporte que les dieux, fatigués par les cor-vées qu’ils avaient à faire, décidèrent de créer l’homme pour lui confier leurs travaux. Ils le modelèrent à partir de l’argile mélangée avec du sang d’un dieu égorgé. Mais l’humanité prolifère et fatigue les dieux avec leur bruit. Ceux-ci lui envoient des fléaux et finalement, le déluge. Le dieu Ea avertit un homme, Atra-Hasis, qui construisit un bateau, y fit monter sa famille et un couple de tous les animaux. Celle de Gilgamesh, composée de douze chants, racontait que, Héros de Sumer, se rendit insupportable aux dieux par son orgueil. Ceux-ci lui suscitent un rival Endiku, un monstre vivant au milieu des bêtes. Endiku fut humanisé par une femme et devint ami de Gilgamesh. Mais un jour, Endiku mourut et Gilgamesh découvrit les atrocités de la mort. Il alla à la recherche de l’immortalité et le héros du déluge lui confia le secret de l’arbre de vie. Gilgamesh réussit à s’en emparer mais un serpent le lui déroba et le Héros devait obligatoirement mourir. Quant au code d’Amura bi, il s’agit d’une déclaration des droits de l’homme. Dans cette déclaration promulguée par le roi Amura bi, on pouvait lire : « J’ai proclamé le droit dans le pays pour éliminer le mauvais et le pervers, pour que le fort n’opprime pas le faible, pour paraître sur les populations comme le soleil qui illumine le pays… ». Vous voyez donc que les premiers qui se sont préoccupés du bien-être social étaient des humanistes, et non des religieux !
– Dans ce cas pourquoi les auteurs sacrés se seraient-ils appropriés la culture de leur époque ? Quelles étaient leurs intentions ?
– Les auteurs sacrés avaient de très bonnes intentions lorsqu’ils écrivaient. C’est l’harmo-nie sociale et le bonheur des hommes qu’ils visaient. Par exemple la loi de Moïse était en même temps le code juridique du peuple juif. Malheureusement après lui, cette loi est deve-nue un poids pour le peuple juif. Les maîtres de la loi en ont tiré 61commandements que les croyants juifs devaient obligatoirement respecter. Lorsque Jésus est venu, pour libérer les juifs de cet esclavage, il a réinterprété la loi de Moïse et  instauré la loi d’amour en résumant les 613 commandements en un seul, celui de l’amour. Mais après lui, ses disciples ont trahi sa parole, faisant d’elle un moyen d’annexion et de crimes. Ils ont annexé des cultures au nom de leur maitre Jésus, ils ont déclenché des guerres, ils ont tué et brûlé des gens vifs. Moïse et Jésus sont des humanistes révolutionnaires dignes de respect. Aujourd’hui encore, l’humanité a besoin d’un révolutionnaire pour réinterpréter la loi de Jésus. Mais pour empêcher cela, les Chrétiens instruisent que Jésus est la plénitude de la révélation ; après lui, il n’y aurait plus de révélation. C’est là un mensonge bien monté.
Nathalie et Nicolas n’avaient pas d’arguments pour démonter les dires du professeur ; ils restèrent silencieux. Les arguments du Professeurs semblaient si cohérents et si profonds qu’il n’y avait rien à dire. Alors, le Professeur continua.
– Je préfère travailler dans l’humanitaire, je préfère me mettre au service de l’homme en qui je crois, plutôt que de passer mon temps à adorer un Dieu que les hommes ont inventé pour satisfaire leurs besoins pervers.
– De quelle perversité parlez-vous, s’il vous plait ? interrogea Nicolas.
– Je pense à ceux qui sont morts dans le feu au nom de Dieu, de ceux qui sont victimes de l’application de la charia islamique. Toute religion qui ne permet pas l’épanouissement de l’homme n’a pas sa raison d’être.
Nicolas écoutait. Il était en partie d’accord avec le professeur, mais il se disait que si les hommes pouvaient concilier spiritualité et humanisme, ce serait mieux. Car, quoi qu’on dise, tout homme a besoin d’une base spirituelle pour mieux orienter sa vie. Mais il s’abstint d’exprimer sa pensée. Le professeur, parlait si bien, qu’il serait capable de tout déconstruire par des arguments solides. Le prince et Nathalie remercièrent sincèrement le professeur qui avait accepté de les rencontrer. Ils sortirent de son bureau avec un air morose.
***
Nathalie s’habituait de plus en plus à la compagnie de Nicolas qu’elle trouvait très aimable. Elle l’invita chez elle et le présenta à ses parents. Sa mère était noire et son père blanc. Nicolas était très émerveillé par ce couple qui témoignait de l’unicité et de la beauté de la race humaine.
Après quelques échanges avec les parents de Nathalie, elle raccompagna le prince à son hôtel. Elle éprouva du mal à se séparer de lui.
– Où vas-tu aller maintenant ? demanda-t-elle.
– J’ai entendu parler d’une communauté sans nom que je voudrais aussi visiter. Après cette étape, je retournerai à Yorodidi.
– Je connais une ville située près d’ici où vivent des membres de la communauté sans nom. Si tu veux y aller, je peux t’accompagner.
– Bien sûr que je veux ! avoua Nicolas. Comment s’appelle la ville en question ?
– Elle s’appelle Ville-Arc-en-ciel.
– Ok ! Demain nous nous y rendrons

 

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    Auteur:   Hervé Ezin OTCHOUMARE

 

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