Avec Chédrack Dégbé, écrivain et promoteur culturel, le livre béninois a de beaux jours devant lui

En écrivant, mon objectif principal est de partager mes pensées et faire vivre à mon lectorat mes plus profondes émotions. Mais toutes les idées que je véhicule ne sont pas forcément miennes. Ne dit-on pas que l’écrivain est un secrétaire de Dieu? Certaines inspirations nous viennent toutes fraiches du Saint Père qui est – comme l’a dit Victor HUGO – le premier auteur de tout ce qu’on écrit. Au-delà de Lui, tous les auteurs que je lis et mon expérience quotidienne de vie constituent pour moi une source d’inspiration car ils m’aident à forger mes propres idées. Chédrack DEGBE

C’est sur ces mots de notre tout premier invité de cette année de grâce 2020, que nous vous souhaitons une bien belle année remplie de tout ce que vous souhaitez de beau, de bien et de noble! En parlant justement de noble, nous avons l’immense plaisir d’un jeune homme qui a tous les atouts d’un homme noble au sens normal du terme, tête bien faite, humble et de surcroît rempli de talents et d’idées concrètes. Allos ensemble à la découverte de notre jeune auteur rempli de promesses.

TDB : Bonjour et bienvenue cher monsieur sur notre espace de partage virtuel avec les amoureux des Arts et Culture. Pouvez-vous vous faire connaitre à nos lecteurs en clair ?

CD : Chédrack DEGBE est un modeste promoteur de livres basé au centre-Bénin et plus précisément dans le département du Zou. Je suis l’actuel Directeur Exécutif de l’ONG IPROLEPE (Initiative pour la Promotion de Lecture, l’Excellence et la Protection de l’Environnement). Mais avant tout ceci, j’ai publié deux recueils de poèmes : ‘’Pagaies du cœur ‘’ en 2016 et ‘’Danses d’émotions’’ en 2018. J’avoue qu’actuellement, je suis plus préoccupé par la promotion des livres des autres auteurs. En témoigne, la tenue de première édition du Festival Samedi des Livres (FESAL), un label IPROLEPE qui n’est rien d’autre que la résultante des expériences accumulées aux détours des multiples présentations de livres que j’ai organisé par le passé.

TDB : Vous êtes féru des belles lettres et cela se remarque bien dans le choix de votre filière de lycée. Mais pourquoi avoir choisi la Communication des Entreprises et les Négociations Commerciales en lieu et place d’une carrière d’enseignant de français par exemple ?

CD : Curieuse interrogation ! La communication et le marketing ont constitué pour moi un objet d’attraction vers lequel il fallait aller. Les aptitudes professionnelles que j’en tire me permettent aujourd’hui de faire du livre un objet de valeur auquel les jeunes commencent à faire un peu plus attention. En un mot, le livre est une passion que je vis quotidiennement en le faisant aussi aimer par les autres grâces à mes acquis professionnels. Je suppose que j’ai pu trouver un point de jonction entre ce que j’aime et ce que je fais.

TDB : Eloigné dans un premier temps de votre passion, disons-le pour vos études supérieures, vous y êtes quand même revenu avec votre participation à la création de l’ONG IPROLEPE et votre positionnement à sa Direction Exécutive. Comment expliquez-vous cet attachement à la littérature ?

CD :Rire… Ma réconciliation avec le livre après la première partie de mes études supérieures est un doux bonheur que je vis avec plaisir. Le livre est une immense source de connaissance et de divertissement qui me permet de m’évader surplace. Je ne peux me passer du livre. Je l’aime tout simplement.

TDB : Vous vous investissez dans la promotion de la littérature et vous vous évertuez pour avoir un Bénin d’hommes de lettres. Cette fougue, est-ce un rêve que vous réalisez ? Ou vous essayez de donner à la jeune génération l’accompagnement que vous auriez aimé avoir plus jeune ?

CD : Ni l’un, ni l’autre. Mon engagement provient du besoin pressant d’offrir coûte que coûte un accompagnement aux jeunes dans le domaine de la lecture. C’est le boulevard du savoir et du savoir-être qu’évite hélas ! les jeunes d’aujourd’hui au profit des raccourcis que sont les jeux-vidéos, le cinéma et autres. Je n’ai rien contre ces autres activités ludiques qui participent aussi énormément à l’épanouissement de l’individu. Cependant, la lecture reste et demeure le carrefour des connaissances qui mènevers tous les horizons scientifiques et littéraires. C’est donc un devoir pour nous d’attirer et de maintenir l’attention des plus jeunes sur cette réalité.

TDB : Votre organisation est-elle assez outillée pour faire face durablement aux problématiques liées aux trois champs d’actions prédéfinies ?

CD : Question pertinente ! Actuellement, les partenaires dont nous disposons interviennent dans le domaine de la promotion de la lecture en milieu scolaire. Néanmoins, nous continuons de rechercher des associés dans les sous-secteurs de la promotion de l’excellence et la protection de l’environnement. Nous promettons impacter suffisamment notre communauté quand nous interviendrons également dans ses deux derniers champs d’actions.

TDB : Intéressons-nous maintenant à votre vie d’auteur puisque vous en êtes un ! A quel moment de votre parcours, le besoin de s’extérioriser s’est-il fait sentir ?

CD : Je nourrissais le désir de publier depuis les bancs. Ma première publication en 2016 n’est que la concrétisation d’un vieux rêve.

TDB : Les ONG au Bénin sont plus orientées vers les actions sociales, les questions de l’environnement et les questions de citoyenneté. Sans déroger à la règle, vous innovez avec l’inclusion de la littérature dans vos lignes d’actions. Comment arrivez-vous à concilier ces trois sous-secteurs d’activités ?

CD :J’avoue que l’ONG IPROLEPE oriente actuellement beaucoup plus ses actions dans le sens de la promotion de la lecture en milieu scolaire. Toutefois, quand le moment viendra où nous serons actifs sur le plan de la promotion de l’excellence et la protection de l’environnement, nous essayerons d’organiser nos activités selon un calendrier bien défini afin d’éviter des chevauchements.

TDB : Nous souhaitons savoir davantage sur votre plume. Que véhicule-t-elle ? Quelles sont ces influences ? Locales, régionales ou au-delà du Bénin ?

CD : En écrivant, mon objectif principal est de partager mes pensées et faire vivre à mon lectorat mes plus profondes émotions. Mais toutes les idées que je véhicule ne sont pas forcément miennes. Ne dit-on pas que l’écrivain est un secrétaire de Dieu. Certaines inspirations nous viennent toutes fraiches du Saint Père qui est – comme l’a dit Victor HUGO – le premier auteur de tout ce qu’on écrit. Au-delà de Lui, tous les auteurs que je lis et mon expérience quotidienne de vie constituent pour moi une source d’inspiration car ils m’aident à forger mes propres idées.

TDB : D’abord ‘’Pagaies du cœur’’ et ensuite ‘’Danses d’émotions’’, tout porte à croire que la romance est votre domaine de prédilection. Doit-on ce penchant pour la thématique de l’amour ou à une muse dont vous voulez nous parlez peut-être ?

CD :Honnêtement, je libère beaucoup plus aisément mes inspirations romantiques d’où la dominance des textes sentimentaux dans mes publications. Je crois que je suis certainement gouverné par Polymnie qui m’a doté d’une harmonieuse lyre avec laquelle je conte fleurette.

TDB : Vous êtes un amoureux incontesté de la littérature. Pendant que certains lisent en la jeunesse un désert de passionnés de lecture, vous semblez penser le contraire allant jusqu’à trouver en cette couche, le flambeau du rayonnement de la littérature béninoise. Pourquoi autant d’optimisme cher Chédrack ?

CD : Oui, je suis suffisamment optimiste car j’estime que l’enfant est un roseau pliable à loisir et donc susceptible de prendre la forme qu’on lui donne. C’est à nous adulte d’habituer les enfants à la lecture dès le bas âge. Combien de fois offrons-nous un livre à nos enfants à leur anniversaire, baptême ou première communion ? Combien de parents prennent la peine de payer régulièrement les livres au programme à leurs enfants ? Quelles méthodes incontournables utilisent les enseignants pour obliger les apprenants à s’approprier et lire les livres au programme ? Que font les gouvernants dans le sens de la promotion de la lecture en milieu scolaire ? Sur la ligne, je pense que nous adultes sommes tous coupables de la désaffection que développent les jeunes à l’endroit de la lecture. Comme je le dis souvent : si les jeunes d’aujourd’hui ne lisent jamais, c’est parce qu’ils n’ont aucun livre à la maison. C’est donc à nous d’agir pour changer ce paradigme au lieu de nous muer dans une inaction béate accusant les jeunes d’ennemis de la lecture.

TDB : Gantonho, votre deuxième prénom signifie en langue Fon ‘’Son heure a sonné’’ ! Peut-on croire que le fait de porter un prénom de connotation positive donne plus de légitimité à rechercher le bon, le beau ?

CD : Gantonho, c’est un prénom qui me donne de la motivation. A chaque fois que l’un de mes projets prend corps, j’estime que l’heure de sa concrétisation a sonné et je m’y mets à fond. Par rapport au bon et au beau, nous sommes en littérature et ici, l’esthétique occupe une place de choix. On ne peut s’en passer voyez-vous !

TDB : Au nombre de vos actions sociales, on note nommément une initiative bien singulière : le Festival Samedi des Livres (FESAL). Comment est-ce que ça se passe ? C’est juste pour une commune particulière ou vous comptez l’étendre à tout le Bénin ?

CD : Le FESAL est un programme de promotion de la lecture en milieu scolaire et de propagande autour des livres et des auteurs béninois. Il comprend plusieurs activités. Nous avons entre autres des présentations de livres (en présence des auteurs concernés), des déclamations poétiques, des présentations de contes, des représentations théâtrales, des prestations musicales et des séances dédicaces. La première saison du FESAL s’est déroulée pendant la rentrée dernière dans la seule commune d’Abomey au Bénin. Nous comptons impacter plutôt cinq communes du département du Zou (centre-Bénin) lors de la deuxième saison qui s’annonce pour Févier 2020.

TDB : Avez-vous une passagère dans votre barque ? Si oui, est-elle du genre à chanter ‘’Qu’il est gai de voguer sur le lac Ahémé’’ ou plutôt ‘’Rame Rame sur le bateau’’ ?

CD : Sourire. Oui, je vis avec ma compagne. Oh ! Elle est plutôt une sympathique collaboratrice d’abord pour l’atteinte de mes propres objectifs et aussi pour la réalisation de nos projets communs.

TDB :Festival Samedi des livres (saison), bilan et perspectives ?

CD :La première saison du FESAL s’est focalisée sur la promotion de six (06) œuvres béninoises : ‘’L’affaire Bissi, il y a mieux que la neige’’ de Daté Atavito BARNABE-AKAYI, ‘’Le poids’’ de Hermann Yao KOUASSI, ‘’Les vers du cœur ‘’ de David DANSIGA, ‘’Les rayons de la pénombre’’ de Bonaventure SOMANDJEDANGBE, ‘’Les repaire des gueux’’ de Luc Adjadjihoué et ‘’Les desseins du destin’’ de Gildas OUNSOU. Nous avons enregistré la participation active de plus de trois cents (300) personnes qui se sont bousculés pour payer plusieurs exemplaires des différents livres sus-cités avant et pendant le festival. L’originalité du FESAL réside dans l’établissement d’un contact physique entre les auteurs et leur lectorat. C’est un aspect important qui permet aux participants de mieux connaitre les auteurs et de partager leurs expériences. Ce qui peut banalement créer des émules. Au-delà de tout ceci, notre ambition est d’associer plusieurs clubs de lecture à l’animation de la prochaine saison qui sera marquée par diverses compétitions de lecture où les meilleurs seront distingués afin d’inciter ceux qui trainent les pas à s’intéresser à la lecture pour bénéficier eux aussi, de toutes les opportunités qu’elle offre.

TDB : Avez-vous des aides publics ou venant du secteur privé pour la promotion de vos actions ?

CD :Actuellement, l’ONG IPROLEPE doit ses actions à certaines structures privées béninoises qui requièrent l’anonymat. Notre vœu est de bénéficier également de subventions publiques afin de donner à nos activités une dimension géographique plus importante pour le bien des jeunes béninois.

TDB : Votre deuxième recueil intitulé ‘’Danses d’émotions’’ vous consacre davantage poète des sens. Vous vous intéressez seulement à la poésie ?

CD : Mon vœu après ma deuxième publication était d’aller surfer sur un autre genre de la littérature écrite. Cependant, il se trouve que ma prochaine publication sera encore poétique. Mais cela ne veut nullement dire que j’y resterai tout le temps. J’y veillerai.

TDB : La phrase qui vous motive…

CD : Force à tous ceux qui s’inspirent du passé pour construire le futur dans le présent !

TDB : Le pays de vos rêves?

CD : La France

TDB : Etre écrivain et vivre de sa plume au Bénin est une œuvre de longue haleine. Pourtant vous semblez ne pas vous décourager. Etes-vous de ceux qui pensent que le temps viendra ou l’auteur béninois ne se centrera que sur l’écriture et pourra en vivre ? Où seulement, il écrira toujours pour le plaisir ?

CD : L’auteur béninois pourra vivre de ses œuvres si et seulement si nous redynamisons le sous-secteur de la diffusion et de la distribution du livre au Bénin. Aussi, devons-nous rehausser la qualité de nos œuvres aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur afin de nous positionner sur le marché international. Ecrire est d’abord un plaisir, certes. Mais l’idéal serait de partager ce plaisir avec ses pairs et bénéficier des gains qui en sortiront pour continuer son travail.

TDB : Votre passion en dehors des belles lettres?

CD : Le voyage

TDB : Vous êtes plus influencé par les auteurs classiques ou les modernes ?

CD : Je suis beaucoup plus attaché aux auteurs modernes. Cependant, j’ai un profond respect pour les auteurs classiques qui de manière surprenante ont abordé des thématiques qui demeurent jusqu’aujourd’hui des actualités.

TDB : Quels sont vos auteurs préférés ? Et votre livre d’enfance que vous n’oublierez jamais ?

CD : J’aime beaucoup lire les auteurs Florent COUAO-ZOTTI du Bénin et Isaïe Biton KOULIBALY de la Côte d’Ivoire. J’ai gardé un souvenir intact de la lecture du livre ‘’Le nénuphar de Bola’’ de l’écrivaine béninoise Béatrice Lalinon GBADO.

TDB : Miam-Miam-Miam, le blog de cuisine de la Diaspora béninoise vous propose un plat de Bomiwo au poulet rôti ultra pimenté et un autre plat constitué de lio et Monyo. Quel choix feriez-vous ?

CD : Je choisis à volonté le deuxième plat.

TDB : De votre expérience avec les maisons d’édition au Bénin, quels conseils donnerez-vous à ceux qui, vous emboitant le pas, aspirent devenir écrivains mais qui sont limités dans leur moyens ?

CD : Les diverses options de publication permettent aujourd’hui aux auteurs de publier à 00 franc. Seulement, l’œuvre doit être d’une bonne qualité afin d’amener l’éditeur à y investir. Nous devons donc faire l’effort de rédiger des textes assez intéressants auxquels les éditeurs ne pourront résister.

TDB : Souhaitez-vous voir l’émergence des livres électroniques ou l’amour du papier doit demeurer malgré tout ?

CD : L’autre réalité de la promotion du livre est d’aller trouver le lecteur là où il est au lieu de lui imposer de venir là où il ne veut pas. Aujourd’hui, tout le monde est dans le numérique et nous, animateurs de la chaine du livre, avons tout intérêt à user des plateformes numériques pour promouvoir le livre et aussi permettre aux lecteurs d’avoir accès aux versions électroniques des livres. Quitte aux inconditionnels du parfum du papier d’y rester attachés.

TDB : Un appel à lancer ? Un cri de cœur à pousser ?

CD : J’ai eu le temps de constater que beaucoup de béninois s’intéressent à l’écriture. A mon humble avis, les gouvernants doivent prévoir un programme pour accompagner cette dynamique de promotion de la littérature béninoise. C’est un besoin de souveraineté qui peut comme le football rehausser l’image de notre pays à l’extérieur et redonner à notre nation son titre de quartier latin d’Afrique.

TDB : Un mot à l’endroit de nos lecteurs suivi de votre mot de fin

CD : La lecture est pour notre esprit, ce que le sang est pour notre corps. Nous ne pouvons nous passer de lire. Autrement, nous appauvrissons notre esprit et nous privons des immenses choses que nous pouvons connaitre juste en parcourant les papiers des livres. Lisons donc et faisons lire notre entourage. Merci de votre attention et bravo à ‘’Talent du Bénin’’ pour tout ce qu’il fait.

                  Interview de Emmanuel GANSE & Yèmissi FADE

                          Talents Du Bénin (C) Janvier 2020

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